Johann Berby, l’interview d’un musicien incroyable

Johann Berby, l’interview d’un musicien incroyable

Johann Berby

Il y a quelques jours, j’ai eu la chance de pouvoir interviewer Johann Berby. C’est un bassiste accompagnateur, groover professionnel. Johann est également l’auteur d’un très bon blog sur la basse électrique : BassistePro.com.
Dans la vidéo suivante, vous pourrez le découvrir  et en apprendre comment Johann a fait pour passer de sa petite chambre du Nord de la France aux plus grands festivals du monde. Son parcours atypique est un exemple de détermination, de passion et d’amour de la musique.

 

 

L’interview vidéo de Johann Berby

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Nous n’avons pas pu résister à l’envie de jouer ensemble ! voici une petite improvisation que nous avons filmée. Enjoy 🙂

N’oubliez pas d’aller consulter le blog de Johann ici : BassistePro.com – Cours de Basse

 

Transcription texte de l’interview

Benjamin: J’ai aujourd’hui la chance de me retrouver avec Johann Berby, un super bassiste. Et oui, nous n’allons pas parler que de saxophone.

Salut Johann, comment ça va?

Johann Berby: Salut, ça va et toi?

Benjamin: Oui, super bien. Est-ce que tu pourrais te présenter?

Johann Berby: Je m’appelle Johann Berby, musicien accompagnateur professionnel et auteur du blog BassistPro.com.

Benjamin: Pourrais-tu nous parler de ton parcours musical? Je sais que tu as un parcours un peu atypique parce que si je me rappelle, tu as pris assez peu de cours. Comment t’es-tu construit musicalement?

Johann Berby: J’ai commencé la musique par pur hasard. Avant d’être musicien, j’étais danseur depuis l’âge de 6 jusqu’à mes 17 ans.  À 17 ans, j’ai passé quelques concours de danse un petit peu partout en France, et j’ai échoué à ces auditions dans le sens où ma mère m’avait inscrit dans des concours de danse classique alors que je faisais de la danse contemporaine, “exotique”. J’avais eu du mal à projeter mon avenir en tant que danseur en France pour des raisons personnelles.

Je me suis dit: “J’aime l’art de manière générale, donc qu’est-ce que je peux faire?”. J’avais des copains au lycée qui cherchaient un bassiste. Je ne savais même pas ce que c’est qu’une guitare basse, ni-même un bassiste. Par contre, je venais assister tous les weekends à leurs répétitions. Leur bassiste venait quasi jamais aux répétitions, et puisque je venais tout le temps et que je me suis imprégné de leur musique, on m’avait demandé de prendre la guitare basse d’essayer de jouer des notes. J’ai cherché note pour note et ils se sont dit: “super, on vire Marco et on le prend”.

Benjamin: Sympa, les mecs.

Johann Berby: Ils étaient frustré et je suis désolé, ce n’était pas dans mon intention.

Benjamin: Mais ça a déclenché quelque chose de fort, finalement.

Johann Berby: Oui, l’amour que j’avais pour la musique puisque j’ai toujours voulu en faire. Mes parents ne m’ont jamais inscrit au conservatoire, faute de moyens, faute de temps. Les premières dix années de ma vie n’étaient pas très “roses” mais j’ai survécu et je suis content. Mais voilà, faire des activités extrascolaires n’étaient dans les mœurs de mes parents.

J’ai découvert que j’étais complètement fou amoureux de la guitare basse, c’est ma “ première petite copine” [rire].

Benjamin: Je me rappelle très bien, on a grandi ensemble depuis qu’on est petit. Et je me rappelle qu’à cette époque, à partir du moment où tu avais une basse, tu as arrêté l’école et tu passais ton temps dans le local de répétition ou dans ta chambre.

Johann Berby: Oui, c’est exact.

Benjamin: Vous allez voir où le travail a amené Johann et c’est pour cela que je voulais aussi d’interviewer aujourd’hui, parce que je pense que c’est un beau message. On a beau donner tous les conseils qu’on veut, d’aller prendre les conseils partout où on veut mais si on ne se met pas au turbin, on n’y arrivera pas.

Johann Berby: Oui, ce n’était pas dans l’optique de se dire qu’on va “travailler comme un dingue”, mais c’est vraiment de l’amour, de la passion. Je n’imaginais pas vie autrement.

A 17 ans, je devais passer le Bac, ce truc qui ne sert à rien dans la vie mais que tout le monde doit faire parce que c’est bien socialement. Je me disais “c’est quoi, la vie? c’est vraiment ça? le chemin de tout le monde?” et quand tu rates tes examens, tu peux choisir l’option 3 ou l’option A du Bac.

Malheureusement, beaucoup de gens vivent comme ça. Je ne juge pas mais je n’avais absolument pas envie de subir ça, c’est un choix. Alors je me suis dit: “quitte à galérer toute sa vie, autant galérer en faisant quelque chose que j’aime”.

Je n’avais aucune conscience que je réaliserais la plupart de mes rêves mais j’étais tellement convaincu que c’était la voie la plus logique que je me voyais emprunter.

Donc je me suis enfermé avec passion, avec du travail acharné parce que je ne viens pas d’une famille d’artiste ni de musicien.

Donc j’ai dû me former par moi-même, par ma curiosité, rester ouvert car c’est très important. A force de rencontrer des gens et de poser des questions, de ne jamais avoir peur, de ne jamais avoir honte, de raisonner comme ça et d’y aller, les choses ont fini par se débloquer.

Benjamin: Tu as commencé la guitare basse avec 10 heures par jour dans ta chambre, et ça t’a amené sur tous les grands festivals du monde, à collaborer avec Trilok Gurtu, Marcus Miller, Jan Garbarek, Oumou Sangare etc. A part le travail, qu’est-ce qui t’a amené de ta chambre, à collaborer et à avoir cette carrière immense en tant qu’accompagnateur?

Johann Berby: Pour être honnête, c’est juste l’envie de faire de la musique. On démarre la musique parce qu’on aime la musique. Après, nous sommes confronté à la réalité, c’est-à-dire qu’il faut gagner de l’argent, et gagner de l’argent avec la musique n’est pas du tout évident.Mais ce n’est pas parce que ce n’est pas évident que c’est impossible, ce n’est pas du tout la même notion.

Je pense que rien n’est impossible dans la vie. Au contraire, si on me dit que c’est impossible, ça constitue une raison de plus pour le faire.

Donc règle numéro 1: il n’y a pas de règle. Règle numéro 2 : toujours se référer à la première règle. C’est une espèce de “mantra” personnelle et j’enseigne également cela à mes élèves car c’est très important. Parce qu’il y aura toujours des gens qui n’ont rien fait de leur vie et viendront toujours vous dire “ne fais pas ça, ce n’est pas bien! Comment tu vas faire pour ta retraite? Etc.”.

La projection est quelque chose qu’on doit apprendre à l’école et dont on ne parle pas assez souvent. Je ne suis pas spécialiste de ce genre de méthode mais cela fonctionne vraiment.

Quand on est investi d’un sentiment qu’on va réussir quelque chose et qu’on se met dans la condition comme si on avait déjà atteint cette chose, ça finit par arriver.

Benjamin: Tu as eu la chance de collaborer avec deux grands noms du saxophone, qui ont une aura extraordinaire, quels sont ceux qui t’ont marqué le plus?

Johann Berby: C’est Jan Garbarek. J’ai eu l’occasion de faire le tour du monde avec ce Monsieur aux côtés de Trilok Gurtu. Jan a quelque chose de très magique: là où plupart des saxophonistes vont avoir l’habitude de partir dans un “vomi” de notes, Jan est tout de suite dans le son. C’est le seul saxophoniste en dehors de Maceo Parker qui soit du Jazz, c’est de la mélodie, c’est du son.

Et je n’ai jamais vu les gens se lever, crier, danser taper après chaque solo d’un saxophoniste. Et j’ai vécu cela à chaque fois en étant sur scène auprès de Jan Garbarek, c’est phénoménal.

Des fois, on passait notre temps à travailler la basse et la batterie, et Jan arrive, prend son petit micro, et obtient un son plus grand que la basse et la batterie avec un petit saxophone.

Jan est vraiment dans les notions, ne cherche pas à épater ou à prouver des choses. C’est une belle leçon d’humilité, de musicalité, et d’être vraiment au service de la musique en oubliant la technique. La technique, c’est important mais pas essentiel, et ce n’est pas ça qui va faire la différence.

Je lui demandais des conseils sur ce qu’il attendait de moi, quel type d’accord je devais faire comme genre de ligne, tout ça été très enrichissant.

Benjamin: Qu’est-ce que tu attends d’un saxophoniste?

Johann Berby: Je veux qu’il fasse danser et chanter les gens. Pour moi, s’il n’y a pas de chanteur dans le groupe, c’est l’instrument à vent qui doit prendre le rôle du chanteur. Il faut assurer mélodiquement, donner envie au bassiste d’accompagner la mélodie, pour que les lignes puissent se croiser. Par exemple, le saxophone va jouer une ligne mélodique ascendante et la basse, descendante etc. puis ça va se croiser…

Benjamin: A ce propos, un abonné du blog SaxophonistePro.com a confié qu’il était difficile pour lui de comprendre ce que faisait les autres durant un jam. En fait, il y avait cette notion pour lui de jouer “seul ensemble”, et pas ensemble. C’est-à-dire que tu as un mec qui va jouer d’un côté, et un qui va jouer de l’autre côté…et ça crée un “conglomérat” de sons “mauvais”.

Johann Berby: Ce que je répondrais à cette question de ton élève c’est: “tout le monde n’a pas la chance de pratiquer en groupe car souvent, les gens sont confronté à un ordinateur et Garage Band pour pouvoir apprendre la musique, mais je vous proposerais de pratiquer le son, c’est-à-dire de jouer, se focaliser sur des longues notes. Ce sont des choses très basiques mais on va faire ensemble que le son fusionne et que ça devienne un même son, parce que c’est la chose la plus difficile à avoir en groupe. Si vous écoutez des groupes comme James Brown, Tower of Power, ils ont cela, au-delà du fait que ce soit bien arrangé, bien écrit qu’il y a super ressenti.

Aujourd’hui, avec le côté technologique, geek, on perd ça parce qu’on n’a pas le son naturel qu’on devrait avoir. Cela veut dire qu’on a tous une empreinte sonore unique comme on a autant d’empreinte digitale unique. Par exemple, on peut naître et avoir quatre frères jumeaux mais on a quand même une empreinte digitale unique au monde. Et sur toute l’histoire de l’humanité, aucune personne n’a la même empreinte digitale pour dire à quel point nous sommes uniques.

La première chose à faire en musique est de faire ressortir sa personnalité, son identité, et après, on peut s’inspirer des autres et il le faut parce que ça nous fait grandir etc. Mais ce qui prend le plus de temps, c’est vraiment d’aller à l’intérieur de soi, c’est l’histoire d’une vie.

Benjamin: Je suis absolument d’accord avec toi pour dire qu’il faut cultiver son identité sonore, rythmique, mélodique etc. Dis-nous, qu’est-ce que tu écoutes en ce moment?

Johann Berby: Je n’écoute pas grand-chose parce que je suis très occupé en ce moment. Mais quand j’écoute de la musique, c’est grâce à mon fils, j’écoute du Parliament, des choses comme ça et qu’il met en boucle, ou quand je me lève le matin pour faire des exercices de Ear training que je me suis créé, et je prends mon petit déjeuner dans des exercices de cycle des quintes/quartes, gammes majeures etc. juste pour reconnaître et être capable de chanter n’importe quelle note tout de suite.

Benjamin: Je me rappelle que quand on était jeune et qu’on bossait toute la nuit chez tes parents, tu te couchais tout le temps en écoutant le diapason.

Johann Berby: c’est toujours ma routine parce que n’ai pas une oreille absolue. J’ai ce qu’on appelle une “synesthésie” et je vois des couleurs quand j’entends les sons, c’est pour cela que j’arrive à chanter tout de suite une note sans avoir besoin de réfléchir. J’ai assimilé des repères de “couleurs” avec des sons.

Benjamin: C’est comme une oreille relative au son. Personnellement, je n’ai pas d’oreille absolue mais une oreille relative, c’est-à-dire que j’entends les notes par rapport à une note de base. L’oreille absolue est un débat qu’on peut peut-être avoir ici sur la chaîne également. C’est super intéressant.

Johann Berby: Oui, j’ai inventé ma méthode de manière complètement instinctive sans savoir ce que je faisais à l’époque mais j’étais tellement frustré. A chaque fois que je rencontrais des gens plus “balaises” que moi et que je leur pose la question “comment fais-tu pour entendre les notes?” et on me répondait toujours “j’ai fait dix ans de conservatoire”. Personnellement, je ne pouvais pas faire ces dix ans de conservatoire à 17 ans, et je n’avais pas envie d’attendre jusqu’à mes 27 ans pour commencer à entendre de la musique. Je ne savais pas qu’à l’époque, on appelait cela la “synesthésie”.

Donc j’ai pris des crayons de couleurs, et j’ai associé les notes avec les couleurs. Et au fil du temps, à force de pratiquer le Piano et de chanter tout ça, ça a changé et modulé, et j’ai fini par voir les couleurs que je vois aujourd’hui.

Benjamin: Il y avait également un grand compositeur en France, Olivier Messiaen, qui réfléchissait de cette manière et qui écrit des compositions incroyables.

Merci beaucoup Johann d’être venu, et je crois que c’est bien pour nous de partager des choses et c’est toujours un plaisir de t’avoir ici.

N’hésitez pas à aller consulter la chaîne de Johann Berby, le blog BassistPro.com. Vous aurez tous les liens dans la description, et vous êtes libre de vous abonner.

En complément, vous êtes libre de télécharger le livret du blog qui s’intitule “Ma méthode simple et efficace pour apprendre n’importe quel morceau”. Abonnez-vous à ma chaîne et partagez la vidéo si elle vous a plu, dans vos systèmes de médias sociaux. Je vous dis à bientôt pour une prochaine vidéo.

 

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4 réponses

  1. Merci beaucoup pour cette interview, j’ai vraiment tripé à la faire.
    Vivement les prochaines et qu’on joue plus.

    Prends soin de toi.

    Bises.

  2. Jean-Lou dit :

    Très intéressant, merci ! Je retiens les routines :-). Le parcours et le travail, bravo ! J’aime beaucoup la notion de ce qu’un bassiste attend d’un saxophoniste. Jan Garbarek, j’adore ! D’autres saxophonistes que Johann écoute ou a particulièrement écouté ?

    • Voici la réponse de Johann à cette question : ” Bismillah Khan ( il n’est pas saxophoniste mais a énormément inspiré Coltrane donc à écouter à mort ), Charlie Parker, John Coltrane, Maceo Parker, Sonny Rollins, Canonball Adderley et un Chti qui s’appelle Dubray, parce qu’on ne parle pas assez des amis qui nous entourent et nous inspirent.”

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