Les 10 saxophonistes qui m’ont le plus marqué (Partie 1)

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Choisir les 10 saxophonistes qui m’ont le plus marqué n’a pas été facile. Quand on est amoureux du saxophone, on les aime tous ou presque. La liste qui va suivre est bien sûr non exhaustive et vient d’un choix entièrement personnel. Ne vous attendez pas à voir vos choix, mais bien les miens.

1. Charlie Parker

Charlie Parker
Charlies Christopher Parker Junior aka Bird

Ceux qui ont lu mon à propos le savent, Charles Christopher Parker Jr est le premier saxophoniste que j’ai entendu de ma vie. Je me devais donc de commencer par la légende, celui qui changea complètement la donne, celui qui marqua l’histoire du saxophone au fer rouge. Né le 29 août 1920 à Kansas City, Charlie Parker commence le saxophone à l’âge de 11 ans. Très vite, il se passionne pour cet instrument et travail énormément, entre 12 et 16 heures par jour selon sa mère. À l’époque, Kansas City est considérée comme LA ville du Jazz aux États Unis. Charlie fait ses premières armes dans les jams sessions des clubs de la ville dans lesquelles il est obligé de se grimer pour pouvoir rentrer malgré son jeune âge. Après quelques échecs, il finira par partir pour Chicago puis New York où sa carrière s’envola après avoir rencontré les bonnes personnes, capables d’entendre le génie qui sommeillait en lui. Charlie imposa sa musique avec force et détermination. Il tenait à être en marge du Jazz Mainstream de l’époque : le swing. C’est comme cela qu’il fut l’instigateur avec Max Roach, Dizzy Gillespie et Thelonious Monk du courant musical qui allait changer le cours de l’histoire à tout jamais : le Be-bop. Son jeu se caractérise par une virtuosité et un phrasé hors du commun. Encore maintenant, alors que 60 ans sont passés depuis sa mort, sa musique et son jeu restent extrêmement modernes. Charlie a changé le jeu de tous les saxophonistes qui vinrent après lui et le fait encore. Écouter et étudier Bird est un incontournable, encore aujourd’hui. Il n’existe que deux vidéos de Charlie Parker. L’une, lors d’une émission de télévision dans laquelle il reçoit le prix DownBeat Magazine du meilleur saxophoniste alto de l’année 1951 et l’autre aux côtés du géant du jazz lui aussi, Colemen Hawkins.

2. Julian “Canonball” Adderley

Canonball Adderley
Julian “Canonball” Adderley

Digne disciple de Charlie Parker, Julian Adderley dit « Canonball », est un saxophoniste alto phare des années 50-60-70. Il poussa le jeu de Parker à l’extrême. En effet, il en avait complètement intégré toutes les subtilités. Il fut propulsé sur le devant de la scène en intégrant le sextet de Miles Davis dès 1958 avec lequel il enregistrera quelques-uns des disques les plus importants de l’histoire comme « Milestone » (1958) ou « Kind of Blue » (1959). Ce qui m’a le plus marqué chez lui reste sans nul doute l’articulation et la souplesse d’embouchure. La combinaison de la langue et de la lèvre inférieure chez Canonball est à couper le souffle. D’une précision incroyable ! Le morceau « Spectacular », non seulement porte parfaitement son nom, mais en est aussi une parfaite illustration. Les dynamiques de son phrasé sont aussi une de ses marques de fabrique. Il est capable de passer des notes les plus douces aux plus éclatantes en un éclair. Écoutez par vous même ! À l’époque où j’avais besoin de combler certaines lacunes au niveau du phrasé, relever des solos de Canonball a été d’une grande utilité. En plus de cela, pour apprendre le blues, rien de tel qu’un bon vieux Adderley. Son jazz qualifié de « churchy » respire les fondations du jazz.

3. Steve Coleman

Steve Coleman
Steve Coleman and the Metrics

J’ai toujours été attiré par le Hip-hop et sa culture dans ma jeunesse et c’est assez naturellement que je me suis intéressé à Steve Coleman, le fondateur du mouvement M-Base. Steve Coleman propose une musique novatrice à tous points de vue. Par exemple, il demande à chaque musicien de jouer dans une métrique différente, généralement irrégulière comme du 7/4 ou du 11/4. Il travaille aussi énormément sur des concepts tels que : la « géométrie sacrée » (l’utilisation de formes pour exprimer symboliquement des principes naturels), et l’énergie (le potentiel de changement et le changement lui-même du phénomène physique, métaphysique, et psychique, dont la vie, la croissance, etc.), toute une histoire… Il a également intégré à sa musique des styles populaires comme la Pop, le Jazz, le Hip-hop, mais aussi des musiques traditionnelles comme la musique indienne ou africaine. Je ne vous cache pas mon étonnement la première fois que je l’ai entendu jouer. La complexité de sa musique m’a laissé perplexe au début et puis une fois mon oreille initiée, tout est devenu beaucoup plus clair. J’ai assez rapidement pu comprendre certaines subtilités et essayé de les incorporer dans mon jeu au saxophone. J’ai personnellement commencé par écouter ses versions des standards de Be-bop de  Charlie Parker comme « Confirmation » ou « Dizzy Atmosphère » qui, vous pourrez l’entendre, sont loin du style des versions originales. Ce n’est que par la suite, au cours de mes recherches, que j’ai découvert le disque live à Paris de « Steve Coleman & the Metrics ». J’ai passé des heures et des heures le casque sur les oreilles à l’écouter. Ils jouaient à ce concert les morceaux de l’album « The Way of the Cypher », enregistré en 1995. Steve Coleman reste et restera un de mes saxophonistes favoris.

4. Stan Getz

Stan Getz
Stan Getz à l’aéroport Kastrup de Copenhague en 1958

Ha ! Stan Getz ! Ma première expérience autistique si je puis dire. Le premier CD de saxophone que j’ai usé au point de devoir en racheter un autre exemplaire était un disque de Stan Getz, une compilation de ses meilleurs titres. J’en rêvais la nuit tellement je l’écoutais, des heures et des heures tous les jours. Je trouvais, et encore maintenant, son jeu nonchalant tellement cool et raffiné. L’incarnation même de la décontraction. Et quel son ! Ce n’est pas pour rien que les musiciens de l’époque l’avaient affublé du surnom de « The Sound », en référence à la pureté, la richesse et l’intensité du son immédiatement identifiable de ce dernier. Les aiguës de Getz sont devenues mythiques chez les saxophonistes. Au cours de sa carrière, Stan Getz évolua dans diverses styles et formations musicales. Cependant son identité cool le suivra toute sa vie. Chef de file du mouvement « Cool Jazz », il eut une influence prépondérante sur l’évolution du jazz, par l’intermédiaire des musiciens de la côte ouest comme notamment son ami Chet Baker, son égal à la trompette, ou encore le saxophoniste baryton Gerry Mulligan. Baker et Getz se croiseront d’ailleurs jusqu’à la fin de leurs carrières respectives. Stan Getz s’est également rendu célèbre en reprenant le titre bossa-nova d’Antonio Carlos Jobim « A Garota de Ipanema », qui deviendra « The Girl from Ipanema » en anglais. Getz demanda à la femme de Joao Giberto, Astrud Gilberto, de chanter la chanson en anglais, celle-ci deviendra la version la plus jouée de ce morceau sur les radios. Écoutez plutôt.

5. Steve Grossman

Steve Grossman
Steve Grossman

Né en 1951 à New York, Steve Grossman est un saxophoniste ténor de style Hard Bop et Jazz Fusion. Il s’est fait connaître en remplaçant Wayne Shorter dans le groupe de Miles Davis alors qu’il n’avait que 18 ans. Pour l’anecdote, Miles lui dira à son arrivée dans le groupe :

“Tu es le premier enfoiré de blanc à jouer dans mon groupe, j’espère que tu te sens à l’aise.”

Ce qui était absolument faux parce que des musiciens comme Lee Konitz, Gerry Mulligan et Bill Evans avaient déjà joué et enregistré avec lui auparavant. Probablement une façon de lui rappeler qui était le patron. Il intégrera par la suite le groupe d’Elvin Jones (le batteur du John Coltrane Quartet) de 1971 à 1973. Comme dirait l’autre : il y a pire comme début ! Steve Grossman est le premier saxophoniste que j’ai vu jouer en concert et je peux vous assurer que je m’en rappelle comme si c’était hier. J’avais à peine 7 ans quand mon père m’a emmené voir ce concert. Le concert était organisé dans le cadre du Festival de jazz de Maubeuge (59), régi par le théâtre du Manège. Je ne vous cache pas l’excitation qui s’était emparée de moi à l’approche de l’ouverture des portes. Déjà passionné par le saxophone, je n’attendais qu’une chose : l’entendre jouer ! Il présentait ce soir-là son album « Do It » accompagné du trio du contrebassiste Georges Mraz. La musique était dans le pur style Hard Bop, qu’il a tant pratiqué dans les clubs de Brooklyn et de Manhattan. Je me rappelle de ce son à « décorner un bœuf », j’en avais le souffle coupé. D’autant plus que nous étions assis au premier rang (je n’aurais pas pu faire autrement). Un phasé sans concession, remplie de sens et d’histoire du jazz. Je crois m’être demandé tout au long du concert : ” Comment est-ce possible de jouer toutes ces notes au saxophone ? ».  Avec le recul, cette question était toute à fait légitime, je n’avais que 3 mois de saxophone derrière moi ! Une expérience inoubliable !

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